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"Jedem das Seine"

A Châteaubriant, Guy Môquet n'est pas le seul "fusillé" à être honoré
VousNousIls / 20 octobre 2007

Dépêches de l'Education

Guy Môquet mais aussi Léon Jost ou Jean Poulmarc'h: à Châteaubriant, où ils ont été exécutés, la mémoire de tous les "fusillés" du 22 octobre 1941 est cultivée par un professeur d'histoire qui ne veut pas privilégier le jeune résistant mis à l'honneur par Nicolas Sarkozy.

"Le 22 octobre 1941, ce sont 48 otages qui ont été fusillés en représailles à l'exécution d'un officier allemand. 27 l'ont été à Châteaubriant, les autres à Nantes et au Mont Valérien, près de Paris", rappelle Etienne Gasche, professeur de collège et auteur d'un livre sur ces exécutions.

Depuis une quinzaine d'années, lui et des collègues consacrent une journée d'étude à la Résistance et la déportation, durant laquelle sont lues des extraits des lettres d'adieu des fusillés, dont celle de Guy Môquet qui, à 17 ans, était le plus jeune d'entre eux.

Adressée à ses parents, "cette lettre a une charge émotive très importante", reconnait M. Gasche. Mais "je ne la lis en cours que pour donner le contexte de cette journée à mes élèves. Je suis dubitatif sur le fait qu'on ne lise que cette lettre là, je ne suis pas sûr que ce soit la meilleure à utiliser".

Ecrites par des hommes plus mûrs, d'autres lettres permettent aussi de saisir l'atmosphère de cette période et l'état d'esprit des 27 condamnés, tous communistes, estime-t-il.

Ainsi le cégétiste Henri Pourchasse, exécuté à 34 ans, déclare à son épouse: "Sois persuadée, ma chérie, que je mourrai tout à l'heure, courageusement aux cris de +Vive la France! Vive le Parti communiste!+".

Un autre supplicié, Jean Poulmarc'h, communiste de 31 ans, recommande à son épouse d'élever leur "fils chéri dans l'esprit qui fut celui de toute (sa) vie: qu'il devienne un homme libre, épris de justice, attaché à la défense des faibles. Ce sera la meilleure vengeance".

Etienne Gasche distingue aussi Léon Jost, 57 ans, directeur des usines Lu à Nantes, qui salue, dans sa dernière lettre, "les contremaîtres, contremaîtresses, employées, ouvriers, ouvrières" de son entreprise. "C'est plutôt rare pour un directeur" à l'époque, souligne le professeur.

Parmi les "27", Guy Môquet était "une figure particulière" en étant le fils d'un député communiste radié de l'assemblée pour ses idées et emprisonné en Algérie au moment de l'exécution, rappelle M. Gasche. Son nom a été célébré dès la Libération "quand le PC a mis en avant ses propres résistants".

Soixante ans après, "si on insiste uniquement sur Guy Môquet, les gens vont croire qu'il était seul. Il va devenir à la Résistance ce que Jeanne d'Arc est à la guerre de Cent ans!", relève avec humour le professeur.

Pour autant, cet ancien militant communiste ne rejette pas l'initiative de M. Sarkozy car c'est toujours "bien d'honorer la Résistance".

"L'important est d'insister sur le comportement des personnes pendant cette période troublée: les lâches qui acceptent l'idéologie et ceux que leur éthique et leurs convictions, qu'elles soient communistes ou chrétiennes, poussent à combattre toute forme de racisme et de fascisme".

En ce sens, la lettre de Guy Môquet "n'est ni de droite ni de gauche".

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