
Au
bonheur des SS
L'Express
/ 20 septembre 2007
En janvier dernier, une archiviste du Mémorial de l’Holocauste de Washington a reçu une enveloppe de photos conservées depuis 60 ans par un ancien agent des services de renseignement de l’armée. Elles montrent comment les SS de Auschwitz occupaient leur temps libre, les jours où, las de la routine de l’extermination, ils exerçaient leur droit à la paresse.
A l’époque où ont été pris ces clichés, en 44, les chambres à gaz et les fours crématoires marchaient jour et nuit pour « traiter » les arrivages massifs de juifs hongrois. Et l'Armée Rouge se rapprochait dangereusement.
Mais les gardes savaient tout de même se divertir dans leur retraite voisine du camp. On les voit chanter à la chorale, boire du schnaps et de la bière, et flirter avec les dames SS : des coquettes, celles-là, parfois affolées par une toute petite averse (leurs coiffures !) Et des gourmandes. Elles retournent leurs petits bols pour prouver qu’elles ont mangé toutes les mûres cueillies le jour même dans la forêt d’Auschwitz.
Il y a aussi des photos inédites d’un certain docteur Mengele. L’ensemble, commenté par l’archiviste du Mémorial sur le site du New York Times, offre une nouvelle et sidérante vision de l’ignominie humaine.
Voir l'album photos
Les
photos de la vie heureuse des tortionnaires d'Auschwitz
Le Monde / 24 septembre 2007
Les images semblent être tout droit sorties d'un album de vacances : on y voit un groupe de femmes assises sur une balustrade en bois en train de déguster des myrtilles, des hommes et des femmes allongés sur des chaises longues, d'autres en train de chanter et de rire accompagnés par un accordéon.
Ces photographies, qui témoignent pour la première fois du mode de vie des responsables et des personnels du camp d'Auschwitz, ont été rendues publiques jeudi 20 septembre par le Mémorial de l'Holocauste à Washington. Les 116 clichés sont tirés de l'album privé de Karl-Friedrich Höcker, adjudant du commandant du camp de concentration d'Auschwitz de mai 1944 à janvier 1945. Ils ont été remis au Mémorial en début d'année par un ancien membre des services de renseignement militaire américains mort au cours de l'été. L'officier, dont l'identité n'a pas été révélée, les aurait trouvés dans un appartement vide de Francfort en 1946.
Ces images, qui ont fait la "une" du quotidien populaire allemand Bild, confirment les témoignages des survivants d'Auschwitz. Alors que des centaines de milliers de juifs étaient envoyés dans les chambres à gaz, le personnel administratif du camp menait en parallèle une paisible existence. Dans le lotissement SS, à côté, il y avait une piscine, un stade de football et une bibliothèque. Les SS disposaient d'une sorte de maison de vacances située à 30 kilomètres au sud.
De nombreuses photos de l'album y ont été prises. D'autres clichés se rapportent à des activités plus officielles : l'inauguration d'un hôpital SS, des séances de tir ou une marche militaire. Jamais un détenu n'apparaît sur ces photos. Lors de son procès en 1962, Karl-Friedrich Höcker, qui sera condamné à sept ans de prison, s'était retranché derrière son devoir. Il est mort en 2000 à 88 ans.
Autre découverte d'importance, le funeste docteur Josef Mengele, dont il existe très peu de photographies, apparaît sur huit clichés. Ce médecin nazi surnommé "l'ange de la mort" qui pratiquait des expériences médicales sur les détenus, est mort en Amérique latine en 1979.
Les photos de Karl-Friedrich Höcker contrastent avec les rares autres images existantes du camp d'Auschwitz avant sa libération. Le mémorial Yad Vashem, en Israël, possède plusieurs photos prises par un officier SS le 26 mai 1944 sur l'arrivée de juifs en provenance de Hongrie, la sélection, la marche en direction des chambres à gaz et l'activité des fours crématoires.
La découverte tardive de ces photos, peu commentée outre-Rhin en dehors de Bild, y suscite quelques interrogations. "Les services secrets américains voulaient-ils protéger certains criminels ? Ou bien le rapport avec l'album n'est qu'un exemple supplémentaire pour le désintérêt croissant avec lequel les Alliés ont poursuivi les criminels nazis", souligne l'hebdomadaire Der Spiegel dans son édition de lundi 24 septembre.
Cécile Calla