
Chirac
aux jeunes: n'oubliez pas les heures noires de l'Histoire
Libération
/ 4 novembre 2005
Le Président a inauguré le Centre européen du résistant déporté, près de Strasbourg
«Longtemps, ici, le silence a prévalu. On a même tenté d'oublier : le malheur était si grand, les mots si faibles pour le dire...» Ces mots, justement, Jacques Chirac a su les trouver et les manier avec sobriété, hier, pour fustiger le négationnisme et évoquer le «martyre» des déportés du camp de concentration de Natzweiler-Struthof, dans la vallée de la Bruche, près de Strasbourg. «Partout, le froid, la faim, les coups, la terreur [...] Le plus souvent la mort, au bout d'un effroyable calvaire», a-t-il résumé, la voix grave, face à un parterre d'anciens détenus.
Le chef de l'Etat les a aussi accompagnés en silence dans l'un de ces sinistres baraquements plantés au milieu d'une enceinte faite de piquets de bois à double clôture, de barbelés rouillés et de miradors. A ses côtés, un homme revêtu de son vieil habit et calot à rayures de prisonnier s'est souvenu : «C'est ici qu'ils ont tué 33 mômes du réseau d'une balle dans la tête.» Devant la chambre dite «des cobayes», un autre a préféré tourner le regard. Les bourreaux nazis y pratiquaient la stérilisation, les scarifications aux bras avec germes virulents de typhus et diverses expériences de résistance aux gaz.
Appel
Venu inaugurer le Centre européen du résistant déporté, en compagnie,
notamment, de Simone Veil, et conclure cette année de commémoration du
soixantième anniversaire de la libération des camps, le président de la
République en a profité pour lancer un appel à la jeunesse : «Souvenez-vous
toujours ! N'oubliez jamais les victimes des temps les plus sombres de
l'Histoire des hommes !»
Dans sa ligne de mire, «ceux qui prônent en France et dans le monde la haine, le racisme, l'antisémitisme, l'intolérance». «Restez toujours vigilants, sachez résister et vous engager quand l'essentiel est en jeu. Car rien n'est jamais définitivement acquis, a-t-il lancé aux jeunes générations. Opposez toujours la rigueur de la loi à ceux qui prétendent nier l'horreur de ce qui s'est passé. [...] C'est votre honneur et votre devoir, en hommage aux victimes et au nom de l'avenir.»
Rupture
Le 16 juillet 1995, Jacques Chirac avait prononcé un discours de rupture
avec ses prédécesseurs à l'Elysée, en reconnaissant la responsabilité
de l'Etat français dans les crimes commis sous l'Occupation. Depuis, le
président de la République ne perd jamais une occasion d'exprimer toute
la répulsion que lui inspirent l'antisémitisme et le racisme. L'heure
du bilan approchant, il semble plus que jamais vouloir privilégier les
grands thèmes consensuels. En espérant que l'opinion oublie un peu le
reste.
Antoine GUIRAL