
Chirac
invite à la «résistance» contre le racisme
Le
Figaro / 4 novembre 2005
Mémoire Le chef de l'Etat inaugurait hier en Alsace le Centre européen du résistant déporté.
«Souvenez-vous toujours ! N'oubliez jamais les victimes des temps les plus sombres de l'Histoire. Restez toujours vigilants, sachez résister et vous engager quand l'essentiel est en jeu !» Ce message, Jacques Chirac l'a dédié, hier, «aux plus jeunes». Il venait d'inaugurer le Centre européen du déporté résistant, édifié à côté du camp de concentration du Struthof, en Alsace, mettant un terme aux cérémonies de célébration du 60e anniversaire de la Libération.
Devant un parterre d'anciens déportés résistants, hommes et femmes, qui, pour certains, avaient connu les Kommandos de travail du Struthof, pour d'autres, après Compiègne, avaient vécu l'enfer à Dachau, Buchenwald ou Ravensbrück, mais aussi de collégiens alsaciens, de lycéens de la région lyonnaise et d'étudiants allemands de Rhénanie-Palatinat, le président de la République en a appelé à la vigilance et au refus de tout négationnisme.
«Car rien n'est jamais définitivement acquis», a-t-il rappelé, en exhortant les jeunes à «combattre sans relâche ceux qui prônent, en France et dans le monde, la haine, le racisme, l'antisémitisme, l'intolérance». Une allocution courte, alors qu'il venait de dévoiler la plaque de cet «historial» conçu par l'architecte Pierre-Louis Faloci. «Longtemps, ici, le silence a prévalu. Mais laisser le temps éroder la mémoire, c'était laisser la nuit envelopper le souvenir des victimes et l'atrocité des crimes», a observé Jacques Chirac, pour qui ce centre «symbolise le refus du silence et de l'oubli».
«Crie
la vérité, même si elle dérange»
A son arrivée au Struthof, le chef de l'Etat, qui était accompagné de
Michèle Alliot-Marie, Hamlaoui Mekachera et Simone Veil, s'est incliné
devant le mémorial de la déportation, une sculpture en pierre de 40 mètres
de haut, inauguré par le général de Gaulle, érigé à la mémoire des 52
000 déportés de trente-deux nationalités, dont près de la moitié sont
morts de maladie, de froid, de mauvais traitements ou exécutés.
Deux petits-enfants de déportés, Charles-Henri Wolf-Boutbien, petit-fils de Léon Boutbien, et Pascaline de Roquette-Buisson, petite-fille de Jean de Roquette-Buisson, président de la commission exécutive du Struthof, ont lu la supplique d'Eugène Marlot, déporté au Struthof : «N'oublie pas, n'oublie rien, crie la vérité même si elle dérange...» Devant eux, les vestiges du camp, avec sa potence et des baraquements.
Accompagné des ministres, de Simone Veil et de quelques anciens déportés, parmi lesquels Jean Villeret, qui portait la tenue rayée des prisonniers, Jacques Chirac, très impressionné, s'est rendu dans la sinistre baraque abritant le four crématoire, où ont été brûlés les 107 membres du réseau Alliance – et la table de dissection des médecins nazis. Il s'est recueilli aussi devant la Croix de Lorraine, dédié aux quelque 6 700 résistants français du Struthof, classés «NN», pour ceux qui devaient disparaître dans «la nuit et le brouillard».
Yolande Baldeweck