Page d'accueil

 

Association Française
Buchenwald Dora et Kommandos
Page d'accueil
F
"Jedem das Seine"

Mémoire antifasciste
L'Humanité / 10 octobre 2005

Mille anciens déportés résistants réunis tout le week-end à Paris. Une place Marcel-Paul a été inaugurée vendredi dans la capitale. Ils se disent les « porte-parole des assassinés » et, s’adressant à nous, veulent voir se lever parmi les jeunes générations le plus grand nombre possible de «témoins des témoins ».

À l’occasion de leurs Assises de la mémoire, les adhérents de la Fédération nationale des déportés et internés, résistants et patriotes (FNDIRP) ont connu, du 7 au 9 octobre, des journées mouvementées. Un millier de membres s’étaient donné rendez-vous à Paris. La municipalité les a accueillis à l’Hôtel de Ville.

Nous ne prétendons pas relater ici, dans le détail, la longue histoire (soixante ans déjà !) de l’association. Un ouvrage, à paraître, en principe, en février 2006, y pourvoira, qui sera le résultat d’une coopération entre les survivants des camps de concentration et d’extermination, le CNRS et l’université de Bourgogne (la réalisation de l’ouvrage est placée sous la direction de l’historien Serge Wolikow). Plus modestement, nous nous contenterons d’évoquer quelques moments forts de ses assises.

Quant à la mission que s’assigne la Fédération, nous emprunterons la conclusion que, dans son ouvrage sur la Résistance française à Buchenwald (la Zone grise, éditions Tallandier, 2005), Olivier Lalieu propose. Elle est, elle-même, une citation de l’historien Hermann Langbein à propos de l’univers concentrationnaire : « Il est bon de savoir que dans ce monde fermé, régi par un esprit inhumain, tous les freins naturels des instincts mauvais n’avaient pas été emportés par le torrent de l’avilissement. Même là, des hommes livrés sans défense à une puissance apparemment invincible ont trouvé la force de lui résister. »

Le cas de rappeler que la FNDIRP est née pour ainsi dire avant sa création officielle en 1945, dans les camps eux-mêmes, et notamment de la rencontre, dans celui de Buchenwald, de deux hommes. L’un, gaulliste, avait le grade de colonel et était l’un des compagnons de Jean Moulin. Il s’appelait Frédéric-Henri Manhes. L’autre, enfant trouvé, ouvrier communiste ayant nom Marcel Paul, était promis à un brillant avenir : il devint ministre de la Production industrielle sous la présidence de Charles de Gaulle.

À son sujet, nous ajouterons que, dans le cadre de ces assises, vendredi, Bertrand Delanoë, a donné le nom de l’ancien « pitau » à la place sise au 69 de la rue Raymond-Losserand (dans le 14e arrondissement). Et qu’ont notamment pris part à la cérémonie la compagne et secrétaire de Marcel Paul, Guy Ducoloné et Frédéric Imbrecht, secrétaire général de la Fédération CGT de l’Énergie : les mânes de Marcel Paul, artisan des nationalisations et du statut des électriciens et gaziers, étaient, si l’on ose dire, aux premières loges.

Il y aurait mille et mille choses à dire encore. Que l’un des premiers soucis de la FNDIRP a été de créer un lieu où les rapatriés puissent se retrouver, parler, se soigner. Elle le fit dès 1945, en établissant au 10 de la rue Leroux, ancien siège de la Gestapo, un centre médico-social qui porte le nom d’Alice Grosperrin. Suivirent le centre de réadaptation par le travail Jean-Moulin (1948), la clinique Frédéric-Henri Manhes (1965), puis la maison de retraite médicalisée Marcel-Paul (1985).

L’un des premiers objectifs de la Fédération a été le châtiment des criminels de guerre et de leurs collaborateurs et, au temps de la guerre froide, le combat contre le réarmement allemand. Lutte pour la mémoire, qui passe par le combat contre les négationnistes et autres falsificateurs (une « spécialité » de Marie-José Chombart de Lauwe).

Il faudrait souligner l’action internationale de la FNDIRP, contre la famine, la pauvreté, les mines antipersonnel, les sous-munitions, pour la paix. Son attachement à l’ONU, née, elle aussi de la Libération. Il faudrait souligner, de nouveau dans le cadre du besoin de mémoire, le travail accompli dans les établissements scolaires, le prix Marcel-Paul (prochaine remise le 20 octobre), les expositions, la Fondation pour la mémoire de la déportation et de l’Association des amis de la fondation pour la mémoire de la déportation.

Comment ne pas évoquer aussi les moments d’émotion et de bonheur ménagés lors de ces assises : le Chant des marais interprété par John William ; le récital offert par la chorale AMOPA, la musique du groupe tzigane Constantin Nitescu, la brillante prestation du Choeur de l’armée française.

Pour conclure, évoquons une rencontre. L’INA avait permis la projection d’un film réalisé par des cinéastes résistants lors de la libération de Paris.

Jean Morawski

Retour vers le haut

 

{coeur}