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"Jedem das Seine"

La Croatie marque les 60 ans de la fin de l'"Auschwitz croate", à Jasenovac
RTL / 24 avril 2005

Quelque 2.000 personnes ont marqué dimanche à Jasenovac (est) le 60e anniversaire du démantèlement du camp de concentration surnommé l'"Auschwitz croate" mis en place par le régime pro-nazi croate durant la Seconde guerre mondiale.

"Je demande aux citoyens croates de cultiver la tolérance au sein de notre société que nous voulons développer sur la base des valeurs de l'Europe moderne. L'antifascisme, en tant que valeur la plus importante de l'Europe, est à la base de la création de l'Etat croate", a déclaré le Premier ministre croate, Ivo Sanader.

Aux cours des cérémonies, des prêtres catholique et orthodoxe, un rabbin et un mufti ont prononcé des prières à la mémoire des victimes, notamment des Serbes, des Juifs et des Tziganes.

Selon le Centre Wiesenthal spécialisé dans la chasse aux nazis, quelque 600.000 personnes ont trouvé la mort à Jasenovac, en particulier des Serbes, des Juifs et des Tziganes, tandis que le Musée de l'Holocauste avance le chiffre d'environ 100.000.

Pour la première fois, le Parti croate des droits (HSP, extrême droite) était également représenté aux côtés de membres des communautés serbe, juive et tzigane, d'associations d'anciens combattants antifascistes croates ainsi que de membres du corps diplomatique.

"Pour nous, les victimes sont des victimes, quelle que soit leur ethnie et leur religion", a déclaré à l'AFP un membre de la présidence du HSP, Pero Kovacevic.

Ces déclarations ainsi que la présence du HSP à Jasenovac reflètent un tournant dans l'attitude de cette formation qui tente de convaincre la communauté internationale qu'elle a rompu avec ses sympathies à l'égard du régime pro-nazi croate dont elle avait emprunté les symboles par le passé.

Cette cérémonie, retransmise en direct par la télévision croate, s'est déroulée une semaine après que des Serbes de Bosnie eurent marqué le même anniversaire, dans le village de Donja Gradina, jadis inclus dans le camp de Jasenovac, aujourd'hui en territoire bosniaque.

Depuis le démantèlement de l'ex-Yougoslavie à la suite des guerres fratricides des années 1990, Serbes et Croates commémorent séparément la tragédie de Jasenovac.

Dans son discours, M. Sanader a déploré la manipulation à des fins politiques du nombre de victimes ayant péri dans ce camp de concentration.

"Malheureusement, jusqu'à présent, la triste vérité du camp de Jasenovac a représenté un sujet de dispute", a-t-il dit.

"D'une part, ce crime horrible a été exagéré par l'élaboration d'une thèse sur le caractère génocidaire du peuple croate, tandis que, d'autre part (ndlr, la version croate), la vérité a été cachée et le nombre de victimes diminué", a fait valoir M. Sanader.

Le président croate défunt Franjo Tudjman, au pouvoir dans les années 1990, avait été accusé à l'époque par Israël d'avoir minimisé les crimes commis par le régime pro-nazi croate.

Récemment, le directeur du mémorial mis en place à Jasenovac, Slavko Goldstein, a nié le nombre de 700.000 victimes.

"Nous rejetons fermement" cette estimation, a déclaré M. Goldstein. Selon lui, le mémorial dispose d'une liste de noms de 59.188 victimes et estime le nombre total entre 80.000 et 100.000.

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