
La
Shoah racontée par ses victimes, au nouveau musée Yad Vashem
TV5
/ 16 mars 2005
Les nazis ont voulu effacer jusqu'à leurs noms. Mais soixante ans après la Shoah, les victimes reviennent témoigner de tout un monde englouti dans ce génocide, dans les murs du nouveau musée Yad Vashem.
Cette histoire, faite de six millions de tragédies individuelles, est déclinée sous une immense voûte triangulaire, en béton nu, s'enfonçant dans la roche de la colline de Jérusalem-ouest où a été érigée la nouvelle construction du Mémorial de la Shoah.
Elle commence, sur le mur d'entrée, par un télé montage réalisé à partir de rares documentaires filmés de l'Europe de l'est avant le déclenchement de la Seconde guerre mondiale et l'invasion nazie de la Pologne en septembre 1939. On voit des carrioles traversant des villages bucoliques sortant tout droit de peintures de Chagall et des enfants rieurs qui semblent saluer le visiteur.
Il y a aussi des images de rabbins à la mine grave en procession, de pièces de théâtre, de compétitions sportives, de manifestations sionistes ou autres comme celles de membres du mouvement socialiste juif Bund, portant une bannière marquée "avenir" en langue Yiddish. Mais leur avenir sera d'être broyés par la machine de mort nazie. Il reste leurs noms, et parfois leur photos, inscrits sur près de trois millions de fichiers établis à ce jour, rangés sur dix mètres de haut dans la "crypte des Noms", en forme conique qui se reflète dans l'eau de la roche.
Le nouveau musée prévu pour l'accueil de deux millions de visiteurs par an est très différent de l'ancien: il est quatre fois plus grand et intègre des techniques les plus modernes de l'audiovisuel et de l'informatique. Surtout il met bien plus l'accent sur le destin des individus, quitte à ne pouvoir présenter au visiteur que quelques pauvres restes: sac de paille tissé par Bella Auerbacher dans le camp de détention de Gurs en France avant sa déportation pour le camp de la mort d'Aushwitz, en 1942, ou la valise d'Avraham Sakotes, gazé lui aussi à Auschwitz, des photos, des chaussures.
Le musée également reproduit la rue Lishino de Varsovie avec des rails de tramway d'origine. Il consacre plusieurs salles aux partisans juifs ou non juifs et aux "Justes parmi les nations" qui ont aidé des Juifs, au péril de leur vie, à échapper à la mort.
Il réserve une salle à la création de l'Etat d'Israël en 1948 et à l'accueil de rescapés de la Shoah, mais cette partie de l'histoire sioniste occupe une place relativement modeste.
"Les nazis n'ont pas seulement exterminé six millions de Juifs. Ils ont tenté de faire oublier leur existence et après avoir perpétré leurs crimes ils ont voulu en effacer les traces", déclare le directeur de Yad Vashem, Avner Shalev. "Il ne s'agissait pas uniquement d'assassiner, il fallait les déshumaniser", souligne le directeur de Yad Vashem, officiellement baptisé "Mémorial de l'Holocauste et des Héros".
Le nouveau musée comme d'autres récemment bâtis à l'étranger rétablissent cette dimension humaine. Ils apportent ainsi la preuve éclatante, selon lui, de l'échec des nazis et délivrent un message à la fois "juif et universel", dans la mesure où il veut montrer jusqu'où peut aller la folie antisémite, et en générale la haine raciale.
Le nouveau musée sera inauguré le 15 mars en présence d'un parterre de dirigeants européens, dont les Premiers ministres de France, de Suède, d'Italie, des Pays-Bas, de Belgique, du Danemark et de Roumanie, ainsi que les présidents de Pologne, de Lituanie, de Suisse et de pays de l'ex-Yougoslavie.
Le musée s'inscrit dans un ensemble d'activités de Yad Vashem: un centre d'études de la Shoah, une école pour différents âges pour son enseignement et un travail de mises en fiches sur ordinateurs des victimes.