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Le nouveau musée de Yad Vashem, un point de vue juif sur l'Holocauste
Le Monde / 16 mars 2005

Le nouveau musée de l'Holocauste du Mémorial des martyrs et des héros de Yad Vashem a été creusé dans le rocher : un long couloir pour une descente aux enfers qui s'achève, symboliquement, par une remontée vers la lumière et vers les collines de Jérusalem.

Dans ce lieu du souvenir où la mort est obsédante, c'est pourtant la vie qui ne cesse d'être montrée. La vie avant, et pendant l'épreuve, égrenée dans les salles qui se succèdent de part et d'autre du couloir. "Ce que nous voulions, c'est dire l'Histoire d'un point de vue juif : ce nouveau musée est une réappropriation", explique Yehoudit Shendar, l'une des conservatrices.

La narration de ce que fut la Shoah a longtemps été tributaire des documents, photographies ou pièces administratives laissés par son auteur : l'appareil d'Etat nazi. Certains de ces documents apparaissent encore dans le nouveau musée, comme la photographie du petit garçon du ghetto de Varsovie qui marche les bras levés en signe de reddition, mais ils sont noyés parmi d'autres, parfois plus inattendus, comme les œuvres d'art ou les témoignages écrits laissés par les victimes.

"Les couleurs des dessins renvoient à la réalité de ce que fut l'Holocauste, au contraire du noir et blanc photographique qui s'est imposé pendant si longtemps", ajoute Mme Shendar.

Alors que les souvenirs s'estompent et que les survivants disparaissent, le défi résidait dans la transmission de cette mémoire. Plutôt que d'accumuler les références, les concepteurs du musée ont fait le choix de la personnalisation. Les objets de la vie quotidienne ont la charge de raconter les destins, à travers la reconstitution d'un intérieur bourgeois d'une famille juive de Berlin, celle de la rue Ulica-Leszno du ghetto de Varsovie, ou bien l'intérieur d'un baraquement d'un camp de la mort.

NOUVELLES TECHNIQUES
Ces destins sont en écrasante majorité tragiques, comme celui de la Berlinoise Charlotte Salomon, déportée après s'être réfugiée en France et qui laissa derrière elle des centaines de dessins dépeignant le basculement de l'Allemagne hitlérienne.

D'autres, beaucoup plus rares, racontent d'autres histoires : celle de Heinz Lichtwitz, envoyé, enfant, en Grande-Bretagne, et qui échappa ainsi aux rafles, ou celle d'Israël Alfred Glück, qui survécut aux "marches de la mort", lorsque les déportés furent contraints par les nazis, dans le froid et la neige, à quitter les camps devant l'avancée des troupes soviétiques.

Des cortèges de moribonds qu'Israël Alfred Glück a dessinés. "Lorsque nous avons imaginé de créer un nouveau musée de l'Holocauste, explique Mme Shendar, c'était pour répondre à la fois à une augmentation constante des visites, du moins jusqu'à la veille de l'Intifada, à de nouvelles générations portées sur un "zapping" qui nivelle l'Histoire, et aussi pour introduire de nouvelles techniques et pour montrer de nouveaux matériaux, les objets personnels, les photographies que l'on continue de retrouver, de même que les œuvres d'art auxquelles un bâtiment va être entièrement dédié."

"Plus on s'en éloigne, et plus l'Holocauste suscite l'intérêt, assure Avner Shalev, le directeur de Yad Vashem : le nombre d'études qui lui sont consacrées ne cesse d'augmenter. Des pays s'ouvrent sur leur histoire, comme la Roumanie."

"Cette évolution est capitale, compte tenu de ce que l'on peut vivre, ici ou là, en Europe à l'heure actuelle, assure M. Shalev, car la plus grande leçon est qu'il n'y aurait pas eu d'Holocauste sans antisémitisme."

Gilles Paris

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