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"Jedem das Seine"

Triangle rose et barrette bleue
L'Humanité / 7 mars 2005

Pascale Fontanille explique la genèse de ce film sur la déportation d’homosexuels.
Un amour à taire. France 2, 20 h 55.

« L’impression de voyage dans le temps » a sans cesse entouré Pascal Fontanille pendant le tournage de ce film. « L’impression d’être revenu au temps des persécutions. » Lorsque les nazis, durant la Seconde Guerre mondiale, déportaient les juifs, les handicapés mentaux, les Tsiganes, les asociaux et aveugles... Les homosexuels aussi faisaient partie des persécutés. Et leur bannière dans l’univers concentrationnaire nazi était un triangle rose. Un symbole pour les marquer.

Pascal Fontanille a longtemps ressassé dans sa tête l’idée de ce film. « J’ai découvert l’existence du triangle rose lorsque j’étais étudiant. C’était juste une ligne fugace dans un cours d’histoire », explique-t-il. Une réalité qu’aucun monument en France ne révèle. Sa curiosité lui dicte de chercher à en savoir plus.

Pour mettre au grand jour l’affreux drame, jusqu’alors passé sous silence, l’étudiant a d’abord cherché de la documentation. Mais les époques semblaient n’avoir rien conservé. C’est vrai qu’en 1942, une loi répressive votée par le gouvernement de Pétain menaçait les homosexuels de six mois à trois ans de prison. Depuis, tout était fait pour garder cachée cette facette de la déportation.

Les histoires et témoignages que trouve Pascal Fontanille ne sont pas fameux. « Et même si, en 1981, Mitterrand a fait supprimer le fichier des homosexuels, dépénalisant ainsi les actes consentants », pour le jeune producteur scénariste « la France est le dernier pays à reconnaître leur - déportation ».

Pendant des années, l’idée de cette persécution est restée ancrée dans sa tête. « Comme quelque chose de non résolu ». La salissure sur une page d’histoire qui reste dans un coin sombre. Des années après avoir découvert l’existence du triangle rose, des témoignages écrits, tel celui de Pierre Steel, Moi, déporté homosexuel, ont permis la naissance du film.

Pour Pascal Fontanille et François Aramburu de Merlin Production, l’écriture de ce drame se voulait une fiction. Un moyen « universel de traiter le sujet tout en restant sincère ». Comme pour dire aux gens : « Voilà, ça a existé, voilà comment c’était. »

« Le triangle rose était attribué aux Alsaciens, aux Lorrains. Parce qu’ils étaient considérés comme des Allemands. Pour un Français, avoir partagé le lit d’un officier ou d’un soldat allemand lui valait la barrette bleue des asociaux », explique Pascal Fontanille. « Pour le film, il était important de ne pas nous inscrire dans un contexte franco-français. On voulait aborder le triangle rose dans son absolu de négation. »

Le scénario de Pascal Fontanille et Samantha Mazeras montre la logique «d’une extermination ». Celle d’une catégorie montrée du doigt, diffamée et torturée du fait d’une sexualité dont l’orientation est synonyme de déviance. Pourtant, personne ne choisit ce qu’il est. « As-tu choisi d’avoir les yeux bleus ? Voila, moi, je n’ai pas choisi d’être homo », explique, dans le film, un homosexuel à son frère.

Des années de lutte ont été nécessaires pour que, maintenant, des déportés homo reçoivent leur carton d’invitation aux cérémonies en France. De même, c’est seulement « depuis un an que le triangle rose figure parmi d’autres symboles sur le monument de la Déportation de l’île de la Cité à Paris. Si les homosexuels n’ont pas eu le monopole des expériences médicales, ils ont eu le monopole de celles qui devaient "inverser leur tendance" : greffes de glandes artificielles, d’hormones, castration, et tout ce que l’on peut imaginer comme tortures de la part de médecins fous », dit Pascal Fontanille.

Au Festival international du film de télévision de Luchon, Un amour à taire a ému les spectateurs et les professionnels. Il a remporté cinq prix (prix spécial du jury, du scénario du jury du public, du jeune espoir féminin et du jeune espoir masculin).

Fernand Nouvet

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