
En
mémoire de tous les déportés, juifs et non-juifs
Libération
/ 31 janvier 2005
Juifs et non-juifs, nous nous félicitons tous de l'impact et de la prise de conscience que suscitent les célébrations du souvenir de la libération des camps de concentration, en France comme en Allemagne.
Il est regrettable cependant que l'immense majorité des médias installent dans les esprits cette équation : DEPORTE = JUIF.
Pourquoi
?
Le climat socio-politique est-il à ce point sensible que personne n'ait
osé jusqu'alors préciser que tous les déportés de France n'étaient pas
nécessairement juifs ?
N'est-ce pas extrêmement dangereux de constater que le fait religieux est devenu tabou dans le discours politique et dans les médias ?
L'est de la France a été en première ligne de l'offensive allemande. Dans le Jura par exemple, des centaines de personnes ont été déportées, notamment à Dachau. Or il n'y avait pas de juifs dans cette région à cette époque.
Les déportés ont été pris dans des rafles organisées par les Allemands en représailles à des faits de résistance. Mon oncle, Bernard Michaud s'est trouvé dans l'une de ces rafles, à Poligny le 17 avril 1944, et il est mort en déportation parmi tant d'autres; il n'était pas juif et son nom ne figure donc pas sur le mur commémoratif inauguré cette semaine.
Lors de l'inauguration du mur de la Shoah à Paris, de nombreux témoignages ont mis en lumière l'importance que revêtent ces inscriptions pour les survivants et pour les familles de déportés : devoir de mémoire, travail de deuil pour les survivants.
C'est pourquoi je vous demande de publier ces quelques lignes, qu'elles s'inscrivent quelque part. Tout simplement pour que toutes les familles de déportés non-juifs ne se sentent pas oubliées, dans le respect le plus total des religions.
Frédéric
Michaud, Paris
(Courrier
des lecteurs)