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"Jedem das Seine"

Une commémoration trop ciblée de l'Onu
La Libre Belgique / 18 janvier 2005

Une session de l'Onu sur l'anniversaire d'Auschwitz divise les «anciens».

Avec la commémoration de la libération du camp d'extermination d'Auschwitz, le 27 janvier prochain, l'on entrera résolument dans une période d'hommages avec en guise d'apothéose, la célébration de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, le 8 mai prochain. L'Onu a pris les devants en décidant d'organiser le 24 janvier prochain une session spéciale pour marquer cet anniversaire. En soi, une bonne initiative. Il y a cependant un bémol: l'Organisation des Nations unies présente ce débat comme «la» commémoration de la libération des camps nazis.

Une option qui trouble, pour le moins, les rescapés des camps de concentration, entendez: les prisonniers politiques et les prisonniers d'opinion qui redoutent que leur combat mais aussi leurs souffrances soient de moins en moins pris en compte dans le travail de la mémoire.

C'est ce qui a amené le Comité international de Dachau et son président-fondateur, Arthur Haulot, à interpeller le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan et à déplorer le choix de la seule date d'Auschwitz.

«Si grande que soit cette horreur, écrit le baron Haulot, elle ne justifie pas l'escamotage des centaines de millions d'autres victimes du nazisme qui, comme les juifs, ont connu les pires souffrances et la mort la plus odieuse, non pour des raisons raciales mais en fonction de leur combat sans pitié contre le nazisme et l'écrasement par celui-ci de toutes les valeurs démocratiques.»
Et d'ajouter que «s'il fallait choisir une date symbolique, il faudrait choisir la date du 29 avril qui est celle de la libération de Dachau, le premier camp de concentration créé par Hitler et ouvert par lui le 22 mars 1933.» Et Haulot de conclure que «ramener l'ensemble de la monstruosité des camps nazis à une confusion avec le massacre particulier et racial commis à Auscwhitz, c'est contribuer à donner de l'histoire de l'hitlérisme une idée totalement fausse qui ne peut que desservir dans l'esprit de la jeunesse la réalité d'un combat qui a impliqué d'autres millions de morts de toutes couleurs politiques démocrates et de toutes nationalités

Une crainte un peu égoïste ? Que nenni, chat échaudé craint l'eau froide. Dans les milieux d'anciens résistants, l'on souligne ainsi que divers organismes internationaux sont mis sous pression afin de ne plus marquer que cette dimension de la Seconde Guerre.

«Que l'on n'interprète surtout pas notre réaction comme un acte contre les victimes juives», s'exclame Arthur Haulot. «Mes amis résistants juifs partagent notre point de vue. Il ne faudrait pas que l'on oublie la libération des autres camps et le 8 mai, date ô combien symbolique de la victoire de la démocratie!»

Une certitude: la Belgique n'oubliera pas le 8 mai. Une grande rencontre entre «anciens» et jeunes est déjà programmée... En partenariat avec tous les «anciens»...

Christian Laporte

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