
ALLOCUTION
DU MINISTRE DE LA JUSTICE ET PROCUREUR GÉNÉRAL DU CANADA, L'HONORABLE
IRWIN COTLER, AU SYMPOSIUM RAOUL WALLENBERG
Nouvelles
du Canada / 17 janvier 2005
Toronto (Ontario) Le 17 janvier 2005
Je suis heureux d'être ici aujourd'hui pour participer à ce moment historique de souvenir, de rappel, de témoignage et de réaffirmation, en ce soixantième anniversaire de la disparition de Raoul Wallenberg. Ce héros de l'humanité que les Nations Unies ont qualifié de plus grand humanitaire du vingtième siècle. Ce Suédois non juif, ce Saint Juste des nations qui a sauvé plus de juifs au cours de la Seconde Guerre mondiale que tout gouvernement, qui personnifie l'idiome talmudique qui dit que si une personne sauve une vie, elle a sauvé un univers tout entier. Le héros perdu de l'holocauste qui a confronté la machine de mort nazie et a montré non seulement qu'une personne peut faire une différence, mais également qu'une personne peut résister, confronter et même vaincre la mal radical.
On doit notamment à son héroïsme :
-
L'octroi de « Shutzpasses » - laissez-passer diplomatiques qui assuraient
l'immunité protectrice à ceux qui en bénéficiaient et, en fait, cela a
incité d'autres gouvernements, ainsi que les légations de Suisse, du Portugal,
d'Espagne et du Vatican à en faire autant.
C'est grâce à l'invocation par Raoul Wallenberg de l'utilisation protectrice
de l'immunité diplomatique que des milliers de personnes ont pu ainsi
être sauvées.
- L'établissement par Raoul Wallenberg de refuges protecteurs, le ghetto international, comme on l'a appelé : - 32 maisons de transition protégées par des légations neutres - et là encore, il a inspiré d'autres légations à suivre son exemple, et grâce à cette initiative, quelque 32 000 personnes ont été sauvées.
- L'organisation, par Raoul Wallenberg, d'hôpitaux, de soupes populaires, de garderies, l'essentiel de l'aide humanitaire internationale qui a donné à des femmes, à des enfants, à des malades, à des personnes âgées, aux victimes les plus vulnérables, un semblant de dignité humaine face aux pires horreurs et au mal intrinsèque.
- Son sauvetage de milliers de personnes de la déportation et de la mort durant le seul mois d'octobre 1944, lorsque le gouvernement hongrois fantoche de la Croix fléchée a déchaîné une vague de déportations et d'atrocités meurtrières. Il a distribué à la gare, une fois encore, des Shutzpasses qui ont permis à un grand nombre de personnes de ne pas prendre les trains qui devaient les déporter et les mener droit à la mort.
- En novembre 1944, alors que des milliers de juifs, surtout des femmes
et des enfants, partaient pour une marche de la mort de 125 milles, Raoul
Wallenberg les a suivis en distribuant de la nourriture, des fournitures
médicales, des certificats improvisés; une fois encore, il a sauvé des
gens qui allaient mourir.
Pour les juifs, Wallenberg a toujours été un ange gardien. Pour Adolph
Eichmann, l'assassin bureaucrate responsable de la Solution finale pour
la juiverie hongroise, Wallenberg était le Juden Hunt Wallenberg, Wallenberg
le chien juif.
- Le dernier sauvetage par Wallenberg est sans doute le plus mémorable. Le Nazis avançaient sur Budapest, et alors qu'ils menaçaient de faire sauter le ghetto de la ville et de liquider les derniers juifs de Hongrie, qui étaient environ 70 000, Wallenberg a averti les généraux nazis, y compris le général nazi Schmidhuber, qui dirigeait l'assaut sur Budapest, qu'ils seraient tenus responsables de leurs crimes, qu'ils seraient traduits en justice, voire exécutés, pour crimes de guerre, pour crimes contre l'humanité et pour génocide - et les généraux nazis ont arrêté l'assaut contre Budapest et 70 000 autres juifs ont été sauvés, sauvés grâce au courage incroyable d'une seule personne qui était prête à confronter le mal, à résister et, ainsi, à entraîner la défaite du mal.
Nous
nous réunissons également à la veille du soixantième anniversaire de la
libération du camp de la mort d'Auschwitz - d'horreurs trop terribles
pour y croire, mais pas assez terribles pour se produire malgré tout.
Et à la veille du soixantième anniversaire de la Charte des Nations Unies,
dont le principe et le but organisateurs visaient à « sauver les générations
futures du fléau de la guerre ».
Annonçant les principes de Nuremberg de 1946, elle a été la source d'inspiration
de ce qu'on allait appeler le droit humanitaire international en général
et le droit pénal international en particulier.
Nous nous rencontrons aussi en cette conjoncture historique critique de cette lutte pour la défense des droits et de la sécurité de la personne-alors que, d'une part nous assistons à une véritable explosion de l'établissement de normes en matière de droits de la personne, caractérisés comme étant la nouvelle religion séculaire de notre temps, le nouveau langage commun de l'humanité.
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