










Le 3 mars, 1602 détenus trop faibles sont évacués en train vers la Boelcke Kaserne à Nordhausen. Une grande partie d'entre eux repart le 6 mars, pour la destination probable de Bergen Belsen.
L'évacuation des kommandos a lieu le 4 avril. Le Revier est évacué le 5.
Cependant chaque soir au retour du travail la punition générale, sans raisons particulières, consiste à rester accroupis pendant des heures.
Le
Revier est dirigé par un bon médecin polonais qui, avec les infirmiers,
fait ce qu'il peut pour soulager les malades.
Jusqu'en octobre 43 le "chirurgien" Jupp, un Belge de Saint Vith, porteur
à la gare de Cologne, se réserve les opérations.
On
est admis au Revier si l'on est mourant et dans la limite des places
disponibles correspondant au nombre de morts de la veille.
La salle est petite et indescriptible de puanteur et de saleté.
Ceux qui souffrent de coliques sont si faibles qu'ils ne peuvent plus
se lever pour se soulager.
Les cadavres sont jetés du premier étage et on marche dessus dans l'obscurité.
En
décembre 44 on compte 381 décès ; en janvier 498 ; en février 541 ;
et en mars 1021 malgré les transferts de mourants vers Dora.
On fait des bûchers par 300 cadavres.
Le 29 janvier, le quart des 6571 détenus d'Ellrich, est incapable du moindre travail.
Au chantier le midi, des hordes de fauves attirés par les odeurs rôdent autour de la cantine des civils. On s'arrache les déchets jetés aux ordures.
Le
camp est dirigé par des détenus verts et noirs évincés de Buchenwald
puis de Dora. Ils sont particulièrement brutaux.
Le lagerältester est un assassin connu. Sept kilos d'or provenant de
bijoux ou de dents volés aux détenus sont trouvés dans sa chambre.
Le
block 3 est dirigé par Otto, une brute épaisse qui assomme chaque jour
3 à 4 détenus lors de la distribution de soupe.
Mais le kapo vert Theo, chef du block 4, maçon de métier, améliore l'aménagement
et les conditions de vie de son block.
En
novembre 44, les SS décident que les non-travailleurs doivent donner
tous leurs vêtements aux travailleurs.
Tous les malades et inaptes, totalement nus, assistent aux appels dehors
par un froid très rude. Ils n'ont que des demi-rations de nourriture.
Après
quelques mois, la mortalité est très forte et beaucoup d'inaptes restent
au camp.
La situation s'améliore en janvier 45 pour ceux qui travaillent au B12
et qui partent s'installer à Woffleben.
Vers
la mi-février 45, la fabrique de pain est détruite. C'est la famine.
Pendant un mois les détenus se nourrissent d'un litre de soupe claire
de navets et rutabagas, servi à 4h et à 23h.
Quatre jours après, la cuisine renfermant les rutabagas est attaquée
dans la nuit mais la sentinelle tire à la mitraillette en direction
de la bousculade, et le matin on découvre 2 cadavres et plusieurs blessés
gelés.
Six jours après, des détenus sont pris en flagrant délit de cannibalisme et sont exécutés.
Le
lever est à 3h30, sous la schlague.
Un quart d'ersatz de "café" sans sucre et froid est distribué.
Après l'appel et la longue attente du train sur un quai spécialement
aménagé pour les détenus, ceux du B12 arrivent au chantier à 7h, après
plusieurs arrêts.
A midi, la soupe est distribuée au B12 sans gamelles ni cuillères. Il
faut récupérer de vieilles boîtes de conserves rouillées, jetées sur
un tas d'ordures par les civils, sans pouvoir les nettoyer.
A 19h, après 12 heures de travail, la longue attente du train recommence,
par tous les temps, parfois jusqu'à 23h.
Arrivé au camp, l'appel est suivi de la distribution d'un quart de pain
fait de farine de betteraves et de sciure de bois, et d'un morceau de
margarine.
Sur les 8 mois qu'il est resté à Ellrich, un témoin n'a pas pu prendre une seule douche, ni changer de vêtements, ni même se déshabiller.
Les
Déportés sont vêtus de haillons. Ils ont une veste avec un seul bras,
un pantalon laissant apparaître les fesses. On leur donne 40 chemises
et 60 paires de chaussures pour 100 détenus.
D'ailleurs les chaussures, en bois, sont usées en un mois, il faut ensuite
emballer ses pieds dans des chiffons ou marcher pieds nus.
La
partie occidentale du camp, le Kleiner Pontel, est un marais que les
SS décident de remblayer. Un témoin raconte comment, avec 60 camarades,
il a arraché les rhizomes des roseaux sous les coups des kapos. " Il
fallait casser la glace et se plonger jusqu'au ventre dans la boue glacée
".
Le cinquième jour, alors qu'il ne reste que 40 survivants, le commandant
leur annonce, avec un grand sourire, qu'ils ont de la chance car ils
sont remplacés par un groupe de Juifs à exterminer. " Cela leur évitera
de goûter les senteurs d'Auschwitz " dit-il.
" Et nous avons vu arriver les Juifs, nos remplaçants, ils étaient
200 à 250; nous ne nous attendions pas du tout à cette vision : le plus
âgé devait avoir tout juste 15 ans et le plus jeune 5 ou 6 ans au plus
! Je les ai vus, frappés à coups de manche de pioche par les SS qui
les gardaient et qui, pour ne pas salir leurs bottes, avaient disposé
des madriers dans le marais afin de les atteindre plus facilement. Le
soir, les yeux immenses remplis de toute la détresse du monde, les survivants
furent rassemblés dehors pour la nuit, à l'entrée du camp; car le commandant
avait décidé qu'il était inutile de les héberger dans un block. En deux
jours il n'en restait plus un seul ".
Au
début d'Ellrich, les détenus sont logés dans de vieux bâtiments d'une
fabrique de plâtre abandonnée.
Le premier bâtiment est partagé en 3 blocks ayant chacun leur entrée.
Le Revier est dans le block 1. Il n'y a pas de salle d'eau, et une fosse
sert de latrines.
Le block 4 est dans un autre bâtiment de 70 m de long et 18 m de large.
Puis on construit d'autres baraques, une cuisine, un Revier et des blocks
équipés de sanitaires.
En mars 45 un crématoire est installé sur la colline.
Le
9 mai, après le rapatriement du kommando de Bischofferode, Ellrich rassemble
724 détenus.
Ensuite les effectifs montent à 1696 fin mai, puis 2880 fin juin, 4104
fin juillet, 6187 fin août, et 8189 fin septembre.
Malgré un transfert important de détenus d'Harzungen en mars 45, les effectifs diminuent du fait de l'accroissement de la mortalité, mais aussi de l'évacuation sur la Boelcke Kaserne de Nordhausen le 3 mars, de 1602 détenus "inutilisables".
Il reçoit des Déportés de toutes nationalités, notamment des Polonais, Russes, Français, Belges, Tchèques, Juifs hongrois et Tsiganes allemands.
Hormis les officiers logés dans des villas proches, les SS ont leur camp à Juliushütte.
Les détenus d'Ellrich sont envoyés sur les chantiers voisins : B3, B11, B12, B13 et B17.
LE
KOMMANDO ELLRICH
Jacques Bernardeau
(Extrait du Mémorial)
ELLRICH-GARE
Autres appellations : ELLRICH GRAND CAMP
Localisation : 15 km au nord/ouest de Dora, 20 km au nord/ouest
de Nordhausen
Ouverture : Mars 1944
Évacuation : 04/04/1945
Effectifs : De 700 à 8200
Activités : Chantiers de la MITTELWERKE.
Ce kommando, tout proche de la gare, est créé en mars 44. Pour les détenus des kommandos voisins, sa seule évocation " frappe l'âme d'épouvante ", tant sa réputation est sinistre.